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14.06.2008

La vie est un long fjord tranquille

         On approchait de la fin de l’année. Je commençais à faire la liste de tout ce que j’aurais voulu faire et que j’avais pas eu le temps de faire. Tout ce que j’avais dit que je ferais et que j’avais pas fait.
          Ca ressemble à la fin de l’Auberge espagnole penserons certains. Bingo. Tout au long de l’année j’ai essayé de ne pas trop comparer ma vie à Bergen avec le film. Le cliché tout-est-merveilleux-en-Erasmus me gêne un peu.

          Des amis dans le monde entier, ou du moins dans le pays d’accueil. Vrai et faux. Le caractère joue certainement, mais dans le cas des étudiants Erasmus à Bergen, le logement y est aussi pour beaucoup : une résidence à l’extérieur de la ville avec toutes les nationalités, sauf des norvégiens. Pas de bol quand on a décidé de venir un an en Norvège pour rencontrer des Norvégiens et parler norvégien. Finalement j’aurais passé plus de temps avec des Norvégiens l’an dernier à Lyon. Passons.
          Les cours en anglais sont forcément suivis par une grosse majorité d’Erasmus, et de toute manière avec 4h de cours par semaine, c’est difficile de créer des liens avec les autres étudiants, en Erasmus ou norvégiens.
          Pas évident non plus de créer des liens durables (sur une année au moins…On est bien loin des années qui séparent nos chers amis de L’Auberge espagnole de la suite Les poupées russes). A Fantoft on partage les cuisines, on voit des gens partout, dans l’ascenseur, à l’arrêt de bus, à 2h du matin en pyjama quand l’alarme incendie se déclenche. Mais bien souvent, les conversations ne vont pas bien plus loin que « heyyy how are you ? – Fine ! – We should take a coffee sometime ! – Yes, sure. See you later ». Le « see you later » étant bien souvent un moyen efficace mais soft d’abréger une conversation-ascenceur ou conversation-arrêt de bus. Le caractère superficiel des relations à Fantoft est encore plus frappant maintenant, alors que l’année se termine, et que tout le monde part. Il y a deux extrêmes : « oh i will miss you, you have to visit me » alors que les deux personnes savent pertinemment qu’elles ne se reverront plus. « Naïf, super !» comme dirait Erlend Loe. L’autre extrême, pas plus agréable, les voisins qui partent sans dire au revoir…

          Voilà, j’ai vidé mon sac et maintenant je peux passer aux côtés positifs de cette année à Bergen.
          D’abord, Bergen était mon premier choix (il fallait faire 3 choix de destinations à l’IEP). Donc ce n’était pas une destination par défaut comme pour beaucoup de gens ici ( le genre, Bergen, je savais pas où c’était mais de toute façon je pars en Erasmus pour faire la fête). Je suis super contente d’avoir passé cette année ici. J’aime cette ville, j’aime la Norvège. J’ai pris des cours de norvégien pendant les deux semestres et ça m’a vraiment plu. Je compte même continuer l’année prochaine à Lyon, et je vais être en coloc avec des étudiantes norvégiennes, pour rester dans le bain.
          Je ne me lasse toujours pas de Bryggen, du Lille Lungegårdsvann, du Store Lungegårdsvann non plus, des drapeaux partout, de la terrasse de l’USF, des maisons en bois, de voir Fløyen ou Ulriken de partout, d’être toujours au bord de la mer, de la pluie même, de voir les petits norvégiens avec leur mini-sac de rando pour aller à l’école, des Ǻ, Ø et autres Æ. J’ai vu Datarock, les Kings of Convenience, Erlend Øye, Gunnar Staalesen, Trond Fausa Ǻurvag.
          J’ai fait plein de trucs que j’avais envie de faire. Les cours de norvégien donc, bénévole dans des festivals et dans un café étudiant. Je suis allée à Oslo voir Stian, à Stavanger, à Trondheim, et à la plage près de Bergen la semaine dernière ! Je rêvais d’aller en Islande et aux Féroés, maintenant je rêve d’y retourner. J’ai vécu un an loin de chez moi et j’ai survécu à la mousson permanente, aux nuits interminables en hiver, et aux jours sans fin en été.

          Bref, j’ai rencontré trop peu de Norvégiens, et je pense que mon rapport à la Norvège est encore trop superficiel, trop idéalisé, un peu comme si j’étais restée sur le souvenir que j’avais eu en venant ici à l’été 2003 et 2004. C’est égoïste de dire ça, mais je vais partir dans quelques jours et la vie ici va continuer comme si de rien n’était, et ça me rend triste. J’aurais aimé pouvoir me dire que je reviendrai voir des gens ici. Ca ne sera pas le cas. Quand on vient dans un pays comme la Norvège, un an c’est trop court pour s’habituer. S’habituer à tout. La langue, les noms de rue à rallonge, les journées horriblement courtes en hiver, les nuits quasi inexistantes en été, la pluie et la brume pendant des jours et des jours sans interruption. Un an en Norvège, c’est trop court. Un an en Norvège, j’espère que ce n’est que le début.

         Vi sees.

Commentaires

Ton juste mais faut pas être trop désabusée, ta vie norvégienne ne fais que commencer, comme tu dis. Comme un goût de déjà vu, un petit sourire nostalgique : http://pierrotlalune.hautetfort.com/archive/2007/09/15/la-fayette-c-est-la-fin-napoleon-non-c-est-moi-qui-dit-quand.html
Bisous

Ecrit par : Pierrotlalune | 16.06.2008

Bonjour.
Je travaille à L'Internaute Magazine (www.linternaute.com ).

Je réalise actuellement un dossier sur les étudiants qui sont partis en Erasmus. J'ai lu que vous êtes actuellement en Norvège. Acceptez-vous de témoigner ? Si oui, vous pouvez répondre en ligne à ces questions.
http://www.linternaute.com/savoir/temoignage/depose/3305/vous-etes-parti-etudier-en-erasmus/

En vous remerciant d'avance,

Stéphane Malphettes
L'Internaute Actualité-Savoir

Ecrit par : Stephane | 16.06.2008

Un jour ou l'autre tu finiras tes études. Ca sera pas cool mais tu vas décrocher un job. Grâce à ce job tu auras de l'argent. Grâce à cet argent, tu... reviendras en Norvège!!!

Ecrit par : JB | 17.06.2008

Hey, ne déprime pas trop quand même !
Ton séjour en Norvège t'a vachement plu dans l'ensemble, c'est quand même l'essentiel. Même si c'est vrai qu'il y a inévitablement des déceptions, dues au fait qu'on a beaucoup idéalisé avant de partir.
Enfin on comparera plus tard nos expériences Erasmus...

Tu as mis du temps à t'habituer et tout, mais tu as vu ce que tu voulais, et tu n'as pas été déçue par la culture.

En fait, le vrai problème, ne serait-il pas tout simplement que tu ne puisses pas rester plus longtemps ??!

Ecrit par : joseph | 26.06.2008

il y a 15 jours je suis retournée à Oakham où comme tu le sais j'ai passé 1an en 2006/2007 comme assistante, et ça m'a vraiment fait une impression bizarre, qui vient en quelque sorte confirmer ce que tu dis.
d'un coté j'avais l'impression que rien n'avais changé, les mêmes personnes à l'école, à la poste, les mêmes rayons au supermarché, comme si tout s'était congelé à mon départ et dégelé à mon retour.
mais d'un autre coté l'impression bizarre et paradoxale que ce n'était plus chez moi et que la vie avait continué sans moi comme ma vie avait continué sans eux. effectivement j'ai retrouvé mes amis et collègues, j'ai eut de leurs nouvelles et j'ai donné des miennes, mais en sachant bien et même si j'ai été bien acuillie, que je ne les reverrai sans doute plus et que ça ne changerai rien ni à leur vie ni à la mienne, et ce petit retour au source m'aura au moins servi a refermer cette parenthèse qui était destinée a durer 10 mois et qui effectivement n'en aura pas duré plus car une nouvelle personne à pris ma place et ouvert à son tour sa propre parenthèse à la place de la mienne.

alors comme je lis ton message avec un an de recul, je me dis qu'effectivement un an c'est trop court pour nouer des réelle amitiés, et que c'est inévitable quand on étudie à l'étranger de garder des liens avec des personnes de différentes nationalités, sauf avec les autochtones, je pense que c'est le cas de pas mal de gens, y compris moi!

donc dis toi bien qu'effectivement la vie continue comme avant mais que tout de même cette année à l'étranger restera dans ta mémoire comme une année particuliere, même si elle n'a été qu'une parenthèse qu'il faut refermer

bisous et à bientot j'espère!

Ecrit par : Claire | 04.07.2008

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